Drawn the Line

Quand on se lance dans une relation avec quelqu’un, peu importe sa nature ou sa durée, il est important de prendre en compte ce que chacun accepte ou pas. Et c’est encore plus vrai dans le BDSM. On joue avec des frontières très fines, des accessoires dangereux, et un mot de travers peut rouvrir de vieilles blessures. Quand on dialogue tranquillement avec quelqu’un ou qu’on prépare une séance qui va commencer dans quelques instants, il ne faut jamais oublier ce moment ô combien vital : la négociation BDSM.


Concrètement, ça veut dire quoi ?
Discuter des désirs et des limites avant de commencer. Pas une fois et puis terminé : quelque chose qu’on fait tout au long de la relation. Ça permet de pratiquer et d’explorer de manière intense, mais toujours en sécurité. En parler de manière neutre, claire, sans juger ce que l’autre veut ou ne veut pas. Et ne jamais oublier que les envies et les limites bougent sans cesse : ce qu’on veut ou pas peut changer d’ici un mois, ou plus.
Tout d’abord, distinguer la gêne des vraies limites. Pour ça, on se pose la question : est-ce qu’on est prêt à faire telle ou telle pratique ? Si au fond c’est un oui, et que c’est juste un problème de se l’avouer et d’accepter ses fantasmes, ça viendra avec le temps et avec la confiance envers l’autre. Une fois les premières pratiques explorées, l’envie d’aller plus loin et de poser des mots concrets sur ce qu’on veut vient d’elle-même.
Ensuite, la limite souple. Là, on parle de quelque chose qu’on pense aimer, ou dont on n’est pas sûr à 100 % de vouloir le faire. C’est quelque chose qu’on est prêt à accepter, mais pas dans l’immédiat. On a besoin de temps, de confiance, bref de tout ce qui peut aider à se sentir prêt à dire oui, je veux essayer. Par exemple, les suspensions : être attaché et suspendu peut être très excitant, mais aussi intimidant. C’est pour ça qu’une longue discussion avec la personne dominante est importante, pour qu’elle cerne les vraies peurs et comment y remédier. À ce moment-là, un temps d’adaptation est nécessaire, avec de la discussion, pour que petit à petit les choses se mettent en place. D’abord l’achat de l’équipement nécessaire, ensuite une suspension de quelques secondes, puis quelques secondes de plus, puis quelques minutes, et ainsi de suite. Là, on se rend compte si on aime ou pas, mais quoi qu’il en soit c’est une limite qu’on est prêt à pousser plus loin dès qu’on se sent prêt.
Et pour finir, la limite dure qui, contrairement à une érection, reste dure en permanence. Ce sont des limites qui ne bougent pas quoi qu’il arrive, un refus catégorique peu importe quoi. Un non-respect est un manque clair de maturité et un abus grave. Un vrai dominant doit faire preuve de maturité et accepter ces limites dures.


Alors comment mener une négociation BDSM ? Par quelque chose de concret et de simple : la communication. Comme on l’a dit, il faut communiquer, et communiquer sérieusement sur tout. On aime le bondage ? Quelles sont nos limites en termes de contraintes ? Quel genre de menottes ? À quels endroits est-ce qu’on aime être attaché, ou pas ? Tout doit être discuté pour ne laisser place à aucun doute. Il y a énormément de choses à voir, et ça se regroupe en différentes pratiques avec des dizaines de possibilités. C’est trop grand pour être gardé en tête, alors un moyen utile est la check-list : une liste qui regroupe toutes les choses qui peuvent être faites dans le BDSM, pour ensuite mettre au clair ce qu’on veut ou pas. En général, elle indique le niveau d’expérience des pratiquants, leur envie de pratiquer, et la difficulté que ça représente. Un code couleur, un baromètre avec des chiffres, pour que ce soit plus clair. Ce n’est pas un interrogatoire, ni une manière de descendre l’autre dans ses pratiques ou de briser ses rêves. Un lieu calme et neutre, une discussion à cœur ouvert, et surtout de la bienveillance et de la compréhension envers chacun permettent de poser ses attentes et ses désirs, et que l’autre y soit réceptif. Et au fur et à mesure, les choses changeront d’elles-mêmes. Peut-être qu’il y a des choses qu’on aimait au départ et qu’on ne veut finalement plus faire. Ou au contraire des choses qu’on ne pensait pas aimer, et qui feront partie intégrante de la dynamique. Il faut être ouvert d’esprit et indulgent avant tout.

écriture d'un journal, négociations bdsm

Une fois qu’on a bien négocié et bien discuté d’une pratique, vient bien sûr la question du consentement. Pas besoin de grandes phrases pour la poser : partons du principe que si on accepte une pratique, c’est qu’on est consentant. Si, au cours d’une séance, la personne dominante franchit une limite, la personne soumise a un droit fondamental : le safeword. Ce mot de sécurité doit être un mot qui n’a strictement aucun rapport avec l’activité en cours. Dans un jeu de rôle kidnappeur/kidnappé, un « non », « pitié », « stop », « arrête » rentre dans le cadre du jeu, donc ne peut pas fonctionner : la personne dominante, le kidnappeur, pourrait croire, à juste titre, que ça fait partie du jeu, alors que pas du tout. Il faut donc prévoir un mot sans aucun rapport avec quoi que ce soit, et assez court pour s’en souvenir : voiture, oiseau, fleur, frites… Ce qu’on veut, tant qu’une fois prononcé, le jeu s’arrête immédiatement. Après, à chacun de voir ce qu’il veut faire : ça peut être une position très gênante et on a juste besoin de se remettre en place, un besoin de discuter avant de reprendre plus lentement ou un besoin total d’arrêter l’activité. Si on se lance dans le CNC, il faut faire très attention et en discuter vraiment très longtemps avant de faire quoi que ce soit. Pour rappel, le CNC veut dire consentement non-consenti » et inclut des activités qui, dans les faits, semblent non consenties, mais qui le sont en réalité. Ça peut être très excitant, mais aussi très dangereux pour les deux personnes qui le pratiquent, alors il faut être sûr d’avoir complètement établi le bien-fondé de cette pratique avant de faire quoi que ce soit.


Il y a une responsabilité commune : faire attention à l’autre et bien lire comment la personne se sent. Un regard fuyant, des mains qui tremblent, un long silence… Il y a plein de petits signaux non-verbaux qui peuvent être détectés et lus par les deux personnes. Cette responsabilité inclut bien sûr le dominant : c’est lui qui est responsable de tout et qui doit gérer tous ces moments où la personne qui lui est soumise doit se sentir bien. Il ne doit jamais laisser au hasard ces moments de gêne, d’inattention, ou quoi que ce soit qui traduise en réalité une peur ou une limite en train d’être franchie. Mais n’oublions pas non plus que la personne soumise est, elle aussi, responsable de ce qui se passe. Les deux sont responsables de la séance ou de la relation longue et doivent veiller l’un sur l’autre.


Une fois l’activité terminée, on prend un temps pour discuter encore une fois. Est-ce que ça a plu ? Très bien, mais on ne s’arrête pas là. Qu’est-ce qui a vraiment plu ? Qu’est-ce qui était exceptionnel ? Qu’est-ce qu’il faut refaire à chaque fois, revivre le plus intensément possible ? Et bien sûr : qu’est-ce qui n’allait pas ? Qu’est-ce qui a été de trop ? Qu’est-ce qui a manqué ? Qu’est-ce qui a été trop fort ou pas assez ? Bref, on prend le temps de discuter de tout ce qui a été fait, dans les moindres détails. Ça rendra les négociations moins longues à l’avenir, les limites plus faciles à repousser si on le souhaite, et bien sûr la prochaine séance 100 fois meilleure.


Faire du BDSM, c’est certes vivre ses fantasmes, mais c’est aussi être diplomate. On ne pourra pas avoir tout ce qu’on veut, mais il ne faut jamais oublier qu’on n’est pas là pour imposer, ni pour supplier. Trouver un terrain d’entente, prendre le temps de se connaître, et surtout savoir ce qu’on veut. Une bonne personne ira dans notre sens tout en gardant ses envies intactes.

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